vendredi 19 juillet 2013

Le Parque Hotel

Si vous vous promenez le long de la Rambla Presidente Wilson dans le quartier de Parque Rodo, vous apercevrez un joli bâtiment, style d’élégant hôtel que l'on peut trouver sur la Côte d'Azur. Le quadrilatère est délimité par les rues John D. Jackson, Dr. Luis Piera et Dr. Pablo de María et la Rambla

Le 17 mai 1906, la firme Luis Crodara et Cía demande la permission à la municipalité de Montevideo de construire un bâtiment dans une zone voisine à la plage Ramírez. Un édifice afin d'accueillir l'Hotel-Teatro-Casino del Parque Urbano. Ne pas oublier que le Parque Urbano (article ici) se trouve de l'autre côté de la rue. Les plans originaux seront dessinés par l'architecte français Pierre Lorenzi. La compagnie Crodara aidé de l'architecte Guillermo West s'occuperont de bâtir l’hôtel. Je ne peux pas vous faire de présentation de Pierre Lorenzi car je ne trouve aucune information sur lui.

Sa construction est basée sur un système mixte de murs porteurs et des piliers de fer, ce qui à cette époque était assez nouveau pour ce genre de bâtiment. Les fondations sont faites de murs en pierre avec des épaisseurs moyennes de 80 à 100 centimètres car cet édifice se trouve au bord du Rio de la Plata donc une présence permanente d'eau. Ceci a nécessité l'existence de puits avec des pompes submersibles pour le drainage.


L’inauguration aura lieu le 30 décembre 1909 au lieu de la veille de noël car le retard de l'arrivée d'un navire transportant les cuisines d'Allemagne contraint de reporter la cérémonie pour le 30 décembre. Et même au moment de cette inauguration, beaucoup de petits appareils ne seront pas opérationnels, les ascenseurs ne commenceront à fonctionner seulement qu'une dizaine de jours après, les chaudières pour le chauffage ne seront pas prêtes avant avril (heureusement que les saisons sont inversées par rapport à nous).


A part les petits pépins du début, on trouve deux cours de tennis dans l'enceinte de l’hôtel mais qui n'existe plus de nos jours. Deux salons de coiffure, un pour ces dames et un pour ces messieurs. Au sous-sol, on trouvait les logements des infirmières et du personnel de service.

Dès le début, le Parque Hotel sera un centre important de la vie sociale à Montevideo avec des soirées mémorables dans les grandes salles, le carnaval sur la Rambla (comme une des photos ci-dessous), la venue d'orchestre internationaux et ceux de River Plate (Argentine) comme celui d'Armando Orefiche ''Lecuona Cuban Boys''. En 1918, Carlos (ou Charles) Gardel ainsi que José Razzano chanteront dans les salons de l’hôtel. En 1938, le célèbre orchestre argentin de Julio de Caro viendra faire danser les invités sur des tangos endiablés.

L'élégant hôtel a été construit dans le désir d'attirer encore plus de monde, surtout étrangers, sur Montevideo. Ne pas oublier que cette époque fut l'âge d'or de la ville donc cet édifice attire les touristes en provenance d'Argentine et d'Europe.

Ce lieu deviendra aussi un point névralgique pour les habitants de Montevideo car ils adopteront la plage Ramirez comme plage par excellence étant donné que celle-ci se trouve dans une des points statègiques de la ville. L'ouverture de la ligne du Tranvía del Este (tramway électrique) jusqu'à la Balneario Playa Ramirez en 1871 avait commencé à pousser le développement de cette partie de Montevideo. Ce nouvel engouement provoquera un mouvement des habitants de la plage de Cappuro (moins centrale) vers celle de Ramirez. On trouve des bains publics sur la plage Ramirez et de plus, le Parque Hotel fournit des services intéressants pour les nageurs comme des tentes avec eau chaude, des serviettes et un service de bar.

Photo de l'hôtel en 1910
Et ensuite, après la baignade, on pouvait faire une balade dans le joli Parque Urbano dont les travaux préparatoires ont commencé entre 1900 et 1902. Charles Thays (je vous présente ce grand monsieur dans cet article) ajoutera le lac artificiel, le château et les installations récréatives. Ce parc se trouve à quelques mètres du Parque Hotel et de la plage Ramirez.



Beaucoup d'étrangers séjourneront au Parque Hotel. Parmi les plus célèbres, on retrouvera le poète mexicain Amado Nervo, qui servait d'ambassadeur en Uruguay pour son pays. Nervo va mourir dans l'une des suites de l'hôtel (suite 42) et sa mort conduira à une énorme procession funeraire de la part des habitants de Montevideo. Un navire de la marine uruguayenne transportera par la suite la dépouille du poète dans sa patrie.

Puis la crise économique, l'émergence d'autres attractions touristiques dans la ville, le changement dans les coutumes plongeront le Parque Hotel vers son déclin.

Photo datant de 1946
La déclin se poursuivant, le bâtiment sera utilisé par le Département des activités productives et commerciales de la mairie de Montevideo. S'installeront aussi les bureaux du planétarium, du zoo et des casinos. Pour éviter trop de détérioration par les fonctionnaires municipaux (ne pas oublier que ce ne sont pas des zélés de la rénovation de premier ordre), le bâtiment sera déclaré monument historique le 16 décembre 1975.

Le Parque Hotel se retrouvera en manchette au milieu de 1983 pour les premières négociations entre les partis politiques et ces salop*rds de militaires pour tenter d'en finir avec la dictature.

Puis l’édifice continuera à végéter avec un mélange de bureaux, de salles privées, bref une catastrophe complète. Un employé de bureau a dit de cette époque: ''Yo iba a una oficina que funcionaba allí, y de pronto se sentía olor a shampoo, oía cómo un huésped se bañaba y pasaba cantando por el pasillo, con la ropa colgando del cuello''. Ce qui veut dire plus ou moins ''Je suis allé à un bureau pour y travailler, et soudain j'ai senti l'odeur de shampoing, entendre un client prendre sa douche tout en chantant et qui descendit dans le hall avec ses vêtements suspendus au cou". L'histoire ne dit pas si le client était en petite tenue...

En 1996, le bâtiment historique du Parque Hotel deviendra le secrétariat permanent du Mercado Común del Sur (Mercosur), marché commun qui englobent l'Argentine, le Paraguay, l'Uruguay, le Vénézuela, le Brésil, la Bolivie plus les pays associés que sont le Chili, la Colombie, Guyana, le Surinam, le Pérou et l'Equateur.

A ce moment là, le bâtiment recevra une nouvelle cure de jouvence. Le hall d’accès fait face à la plage Ramirez avec un joli escalier qui reçoit les grands des pays alliés. Le hall a été restauré avec des plafonds décorés de feuilles d'or, rénovations totales des chapiteaux et des colonnes. On trouve des mosaïques vénitiennes comme les originales.

Aujourd'hui


El Salón de los Presidentes (salon des Présidents) qui se trouve dans l'aile droite du bâtiment a été réhabilité comme avant, c'est à dire style Art nouveau et tout ceci basé sur des photos d’époque et des archives.



El Salón de Conferencias (salle des conférences) qui, elle, se trouve dans l'aile gauche du bâtiment, dispose d'un décor éclectique avec des caractéristiques distinctives Art Déco. Le hall d'entrée qui donne sur la rue Piera a aussi reçu un traitement conforme à son style original classique d'Art Déco.

On peut remarquer les anciennes salles de danse juste devant


Ce siège du MERCOSUR sera inauguré en Décembre 1997 par les présidents de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay, du Chili et de l'Uruguay.

On trouve sur la rue Dr. Pablo de María, l’entrée du casino du Parque Hotel puisqu'il y a toujours eu un casino depuis son ouverture. Ce casino ressemble à tous les casinos de ce monde avec des machines à sous, des tables de poker, jeux de table (style Baccara, Black Jack, etc), roulettes, jeux électroniques style tiercé, etc. On trouve un bar, des vestiaires et toute la misère humaine qui s’agglutine devant les machines à sous. Par contre, pas besoin de venir en cravate car très simple.

Le seul avantage de ce casino à mes yeux sont les toilettes car du parc Rodo, vous pouvez faire un saut aux toilettes qui sont propres et entretenues. Donc avis aux amateurs! ;). En sortant du casino, vous trouverez un petit stand qui fait de très bonnes Tortas Fritas.




Et voici la photo finale du jardin vers la Rambla et le Rio de la Plata.


A la prochaine!

2 commentaires:

  1. J'ai un grand plaisir à parcourir votre beau blog. Mon père est né à Montevideo en 1921, de parents Belges qui y vécurent 6 ans pour le travail (la laine). Et ma grand-mère a tenu un carnet de toutes ses sorties: le Parque Hotel, Hotel Pocitos, Punta del Este etc... Je visite votre blog et c'est merveilleux de voir ce qu'ils ont vu...

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  2. Bonjour. Je vous remercie de votre commentaire. Oui, ils ont du voir tellement de belles choses à cette époque et si je pouvais, je voudrais bien retourner au début du XXie siècle. Il y avait une petite mais bonne communauté belge qui s'étaient installés en Uruguay. Je connais une de ces descendantes d'origine belge et qui est super sympa. Elle parle un très bon français aussi.

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