dimanche 6 octobre 2013

Coup de gueule: Les asentamientos

Vous avez pu noter à travers ce blog que j’adore l’Uruguay. Un beau pays avec de l’architecture à profusion (surtout à Montevideo), une histoire fascinante, une immigration européenne qui a laissé des traces dans toutes les sphères de la société uruguayenne (nourriture, nom de famille, architecture, histoire, médical, etc.).

Parmi mes articles, j’ai eu des coups de cœur mais aussi des gros coups de gueules comme les irrésistibles fonctionnaires uruguayens et la maudite paperasse, la saleté de Montevideo avec ses sacs plastiques, les papiers, ses merdes de chiens (comme le quartier de Pocitos où nous habitions) qui polluent la ville, les sorties des eaux pluviales qui se déversent dans le Rio de la Plata, etc.

Je vous présente un autre de mes coups de gueule.

Je vais parler des asentamientos, nom que j’ai découvert sur place car je n’avais aucune idée ce que ce mot voulait dire malgré qu'il apparaissait de temps en temps dans les médias uruguayens. La définition qui est donnée le plus souvent dans les dictionnaires parle de colonie.


En vérité, un asientamiento (ou cantegril aussi) est l’équivalent d’une favela en brésilien ou d’un bidonville en français. En Argentine, on appelle cela una villa miseria. Je pense que la meilleure traduction serait de dire que ce sont des quartiers où les gens vivent dans des installations précaires et dans une insalubrité assez intenable à nos yeux, généralement pauvres, avec aucun droit ou de sécurité foncière.

Comme je l’ai dit dès la création de ce blog, je parle de tous les sujets au quotidien dans mon blog autant les bons côtés que les mauvais côtés. Je ne cherche pas à descendre le pays, loin de là, mais j’en parle contrairement à beaucoup de sites, de blogs d’expatriés ou de revues spécialisées d'expatriation. Encore, je peux comprendre que certains sites ou revues d'expatriation n'en parlent pas car ils n'ont jamais foutu les pieds en Uruguay ou à Montevideo mais les expats?

Ce qui me sidère le plus sont les blogs de certains expatriés (surtout les blogs anglophones car ce sont les plus nombreux) qui habitent ce pays depuis plus d'une année ou plus et qui ignorent de vous montrer l’arrière-boutique du pays. L'Uruguay est comme tous les autres pays, tout n'est pas rose pour tout le monde! La France, le Canada, les USA, l'Allemagne, etc, ont tous leurs problèmes de pauvreté qu'ils essaient plus ou moins de combattre ou de cacher. C'est mon quart d'heure social de révolte.

Je reconnais aussi qu'en temps qu'expatrié dans un pays, ce n’est pas l’attraction locale numéro un que vous allez essayer de faire ou de visiter. Toutefois aux yeux de beaucoup de locaux avec qui j’ai parlé, c’est un sujet assez tabou. Mais par derrière, on reconnaît l’existence de ces "ghettos".

Est-ce que ces asentamientos sont des attractions touristiques? Absolument pas. Je ne recommanderais pas à quiconque de se promener dans ces endroits pour essayer d’immortaliser les lieux. D’une part, les gens n’apprécieraient pas ce genre de comportement de la part d’un extranjero (étranger ou pas) et d’une autre part, il n’y a pas que des gens gentils. On trouve de la racaille aussi.


J’ai traversé certains de ces quartiers en bus mais je ne me suis jamais arrêté afin de prendre des photos ou juste de me promener pour voir et de dire que j’y suis allé. Les photos que vous avez dans cet article proviennent de journaux mais pas de moi. Certaines parties de quartiers sont notoires dans le grand Montevideo comme celui du Cerro Norte, Sayago, El Monarca (qui est une traduction de monarque - sic!), Boix y Merino, Jardines de las Torres, etc.

Si vous prenez la route Camino Maldona vers le village de Pando, vous en apercevrez sur le bord de la route dans le coin de Punta de Rieles. Quelques-uns aussi dans le centre-ville comme dans Ciudad Vieja (Calle Piedras) ou le long de la Rambla Sud America proche de la gare et du port de la ville. Mais ceux de la vieille ville sont plus ''discrets'' car ils se trouvent à l’intérieur des murs de maisons. Mais si on pousse la porte de certaines maisons dans le vieille ville, on peut apercevoir cette pauvreté alors que deux rues plus loin, on essaiera de vendre une maison rénovée à de riches argentins, américains ou européens à un prix qui représente la vie entière de salaire de toute la famille étalée sur deux générations.

Je parle de Montevideo dans cet article mais ce problème s'applique à toutes les villes moyennes et villages du pays avec des endroits plus ou moins grands dépendant de la taille de la ville ou du village mais il faut reconnaître que la majorité de ces asentamientos se trouvent dans la banlieue de Montevideo.

Carte provenant du site de l'Intendencia de Montevideo qui répertorient en bleu les asentamientos légaux ou illégaux

Qui sont ces gens? Pour la plupart d'entre eux, ce sont des descendants des travailleurs/ouvriers agricoles que l'on trouvait dans toutes les sociétés rurales du pays jusqu'au début de la seconde guerre mondiale. A cette époque là, chaque ferme avait de nombreux ouvriers qui travaillaient la terre, qui faisaient les récoltes, etc. Des gens qui vivaient dans des petites maisonnettes en briques et dans des conditions, certes rudimentaires, mais bonnes comparées à ces asentamientos d'aujourd'hui.

Puis la mécanisation à outrance est venue bouleverser toute cette logistique au début des années 1950 et ceci a entraîné le départ de la plupart ou la mise à pied de ces ouvriers agricoles vers les villes afin de trouver un emploi car ils n'en trouvaient plus dans le milieu agricole. Une conversion difficile pour eux car la plupart étaient illettrées, d'origine très modeste (surtout d'origine italienne ou espagnole), des ''paysans'' aux yeux des citadins de la ville, etc. Bref, un vrai cauchemar pour ces gens qui étaient exclus et pas acceptés par la population citadine. Tout cela a fait qu'ils se sont retrouvés à vivre dans les banlieues des villes car ils n'avaient pas le choix.

Ceux d'aujourd'hui sont plus ou moins les descendants de ces anciennes générations plus les nouveaux exclus de la société moderne comme ceux qui ont subi de plein fouet la crise financière en 2002.


Quand on parle de précaire pour les habitations, c'est vraiment du précaire!. Par rapport à ce que j'ai pu voir, ce sont des habitations faites de tôles ondulées pour le toit pour se protéger des pluie assez fortes qui ont lieu assez régulièrement durant le printemps ou l'automne, des murs construits avec des planches de bois ou de cartons ou de bâches plastiques ou d'un mélange de bric et broc que l'on récupère un peu partout.


Les plus ''nantis'' auront des murs en briques mais ce n'est pas tout le monde. Évidemment, la plupart de ces maisons n'ont pas une salle de bain, des toilettes ou du chauffage. Par contre, l'eau potable arrive dans la plupart de ces maisons. Le sol est généralement sur la terre ferme donc aucune isolation n'existe dans ces habitations.

L'autre point qui m'a choqué aussi est la malpropreté des lieux avec des amoncellement immondes d'ordures, de sacs plastiques ou les animaux (cochons, poules, mouches) cohabitent avec les humains sur la même parcelle de terrain comme la photo de ci-dessous.

Ça, c'est vraiment immonde!

Ci-dessous, deux photos de la mairie de Montevideo au moment de la construction de canalisation afin de raccorder l'asentamiento du quartier Casabo en 2011 vers le réseau central d’évacuation des eaux.


De plus, il n'existe presque pas de tout à l'égout ou de canalisations des eaux usagées même si la mairie essaie de combler ce retard, pas de fosses septiques donc tout se retrouve dans la rue, les chemins et autour de ces maisons. Bref un désastre complet car cela peut entraîner des conditions d’hygiène déplorables surtout pour les nouveaux nés et les enfants avec des parasites, des vers, etc.

Heureusement que l'Uruguay a un système de santé sans reproche et impeccable. J'en ai parlé sous le mot santé dans mon nuage de mots.


De plus, il existe une délinquance assez importante dans ces asentamientos car non seulement ces gens vivent dans des conditions exécrables mais en plus, ils se font piquer les rares biens par de la racaille. Donc, on trouve pas mal de chiens qui sont dressés pour défendre le peu de ces gens. Vraiment triste! La police ne s’aventure pas non plus afin d'aller cueillir des pâquerettes. Quand ils rentrent dans ces endroits pour rechercher, tiens donc...des délinquants, ils arrivent en force avec toute la machine de guerre.

Toutefois, les gouvernements successifs après la fin de la dictature se sont voilés les yeux pendant assez longtemps en ignorant ce problème récurant car ce n’était pas intéressant au niveau des votes entre autre. Puis, c’était une tranche de la population dont on se foutait pas mal. Le gouvernement précédent de Tabaré Ramón Vázquez et l'actuel de José "Pepe" Mujica (coalition de gauche pour les deux) sont ceux qui se sont attaqués le plus à ce problème en prenant le taureau par les cornes. Démarche pas facile d'une part car c'est un long processus et d'une autre part, l'opposition essaie de mettre des bâtons dans les roues dès qu'elle le peut. De plus, une tranche de la population est opposée à ces aides vers ces personnes. Débat explosif pour quiconque y touche.

C'est vrai qu'un certain pourcentage de ces gens ont toujours vécu dans la misère et n'ont jamais rien fait pour s'en sortir. On se transmet le ''métier'' de père en fils ou fille pour certains même si cela fait très caricature. Un pourcentage infime mais une caricature qui est appliquée à l’ensemble de ces gens. Merci aux médias, aux ouï-dire et au petit pourcentage des délinquants qui proviennent en majorité de ces asentamientos donc ce qui n'arrange rien dans l'opinion des gens.

Cependant, une lueur d'espoir pourrait venir des nouvelles générations car le gouvernement a imposé l’école obligatoire pour les enfants à partir de 5 ans donc ils apprennent à lire et écrire, ce qui n’était pas le cas de beaucoup de leurs parents. Lueur d'espoir en voyant ces enfants dans leurs tabliers blancs qui vont fièrement à l’école chaque jour afin d'apprendre les rudiments de la vie et qui permettront à ces enfants, je l’espère, de sortir de ce cercle vicieux. Un des bons points du gouvernement aussi est que la présence scolaire de l'enfant est reliée aux allocations. Si l'enfant ne se présente pas à l’école avec un motif autre qu'une maladie par exemple, le gouvernement rabotera les allocations données aux parents ce qui est un excellent système donnant-donnant! Le Ministerio de Desarrollo Social del Uruguay ou Mides (Ministère du développement social) est celui qui gère ces aides.

La nouvelle génération!

Par contre, le plus dur est de garder ces enfants à l’école après l'âge de 12/15 ans. Pas facile car le milieu d’où ils proviennent démoralise plus qu'autre chose. Vous avez sûrement de nombreux parents qui ne poussent pas les enfants à faire plus et qui demanderont à ce qu'ils essaient de travailler un peu. Vous avez ceux qui tomberont dans la délinquance car comme je l'ai dit, on trouve pas mal de racaille aussi dans ces asentamientos.

Puis vous avez le problème des jeunes filles qui arrêteront l’école car on a besoin d'elle à la maison ou bien, tomberont enceintes vers l'âge de 16/17 ans et se retrouvent à 20 ans avec au moins deux mômes. C'est un engrenage infernal mais on sait pourtant que grâce aux filles et aux femmes, le monde s’équilibre mieux et avance plus vite!

Pour ceux qui se poseraient la question à savoir si on voit des enfants faire la manche dans la rue comme on peut le voir dans certains pays comme l'Inde, le Brésil ou certains pays d'Afrique ou d'Asie, cela n'existe plus en Uruguay. Il y a en quelques uns autour du Mercado del Puerto dans la vieille ville qui demandent une pièce ou deux car c'est plein de restaurants à touriste. A ma connaissance, c'est le seul endroit de la ville ou même du pays où j'ai vu deux ou trois gamins qui quêtent un peu (enfants plus envoyés par les parents qu'autre chose).

Une autre question que vous pourriez vous poser est s'il y a de la malnutrition chez ces enfants? A ma connaissance, il y en a pas non plus car le gouvernement a pris en charge tout cela. Des cartes d'alimentation permettent ainsi aux familles de subvenir à leurs besoins de nourriture et il existe des associations caritatives.

Le gouvernement pousse aussi ces gens à avoir leurs propres viviendas (maisons) car ils veulent éliminer tous ces asentamientos. Cela veut dire que des gens forment une coopérative avec l'argent donné par le gouvernement et vont ensuite acheter les matériaux afin de construire des maisons en brique avec fondation, fenêtres, eau et électricité. On fait dessiner les plans par des bénévoles (on implique des étudiants en architecture) et ensuite, ces gens vont construire le lotissement de maisons avec l'aide de certains professionnels de la construction. Ou bien, des lotissements seront pris en charge par le gouvernement avec clé en main d'une petit maisonnette pour des heureuses familles (tirage au sort).

Une remise de maison à une famille bien heureuse

Vous avez aussi de nombreuses associations qui s'occupent de construire des maisons pour ces familles qui en ont besoin comme l'association Techo (toit en espagnol) qui rayonne dans de nombreux pays dont l'Uruguay. Le site se trouve en cliquant sur ce lien.

Ci-dessous, une petite vidéo de ces volontaires en éducation pour ces enfants.



Voila la fin de mon article. J’espère que mon article ne vous laissera pas indifférent aux problèmes qui existent partout sur cette planète mais cela nous démontre qu'il y a du travail encore. 

Rafael Barret (écrivain espagnol) a dit un jour: "Que haya hombres ricos y hombres pobres es una injusticia, pero que haya niños ricos y niños pobres es una monstruosidad". Phrase qui pourrait se traduire par: "Que vous ayez des hommes riches et des hommes pauvres, c'est une injustice, mais qu'il y ait des enfants riches et des enfants pauvres est une monstruosité".

A la siguiente!

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