vendredi 23 mai 2014

Histoire du Graf Spee

Alors que nous parlons de la deuxième guerre mondiale sur le front de l'Europe, de l'Afrique du nord, de l’Océanie, etc, on oublie que des épisodes se sont déroulés dans d'autres points du globe comme dans les eaux d'Amérique du sud avec la célèbre bataille du Río de la Plata qui impliquera les anglais et les allemands.

Durant la deuxième guerre mondiale, l'Uruguay ainsi que l'Argentine furent des pays neutres. La bataille du Río de la Plata impliquera entre autre le cuirassé de poche Admiral Graf Spee qui appartenait à la Kriegsmarine (marine de guerre). Le nom du cuirassé provient du comte Maximilian Johannes (Graf) von Spee (né à Copenhague le 22 juin 1861 et mort le 8 décembre 1914) qui fut un amiral de la marine impériale allemande.

La construction du cuirassé commença le 23 août 1932 dans le port naval de Wilhelmshaven. Le cuirassé fut lancé le 30 juin 1934 et recevra son plein armement le 6 janvier 1936. Il faisait 186m de longueur et il était propulsé par huit moteurs diesel avec une puissance de plus de 57 000 CV.


L'Admiral Graf Spee était technologiquement un bateau très en avance sur son temps à cause de sa vitesse. De plus, il était doté d'une manœuvrabilité exceptionnelle qui lui permettait de changer de cap assez rapidement par rapport aux autres cuirassés de son époque. Il fut un des premiers navires de l'armada allemande à être équipé d'un radar. Il embarquait ses propres moyens de reconnaissance et d'observation avec un ou deux hydravions amarrés sur son dos.

Le cuirassé était commandé par le capitaine de frégate Hans Langsdorff (né le 20 mars 1894 à Rügen) ci-contre.
L'équipage était composé de 44 officiers et sous-officiers ainsi que de 1 050 marins.

Le 3 septembre 1939, le Graf Spee reçoit le message l'informant de l'entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne. La mission principale du cuirassé était de couler le maximum de navires de ravitaillement à destination de l'Angleterre mais en évitant le combat avec des navires de guerres (style corsaire). Ne pas oublier aussi que l'Angleterre avait de gros intérêts en Argentine et en Uruguay afin de ravitailler le pays ainsi que les troupes aux fronts. Un des produits phares envoyés vers l'Angleterre de l'Uruguay fut la viande de bœuf (ou corned-beef) de Fray Bentos. Je parle de cette saga industrielle dans ces articles un et deux.

Les instructions furent exécutées mais avec une restriction provenant d'Hitler lui-même qui était de ne pas attaquer les navires français jusqu'à nouvel ordre. Le 5 septembre, le cuirassé se tient tranquille entre les îles de l'Ascension, Sainte-Hélène et Trinité sur ordre du plus haut commandement. Puis, le 27 septembre, il reçoit les ordres de partir en direction du Brésil. Sa première cible en date du 30 septembre 1939 fut un cargo, le Clement, qui venait de Bahia. Le bateau fut pris d'assaut et l'équipage dut se rendre. L'équipage quitte le cuirassé sur des embarcations sans son capitaine et rejoindra les côtes du Brésil plus tard. Entre temps, le cargo sera coulé. Les marins vont déclarer que leur navire avait été arraisonné et coulé par "un grand navire de guerre allemand".

Par la suite, le cuirassé arraisonna plus tard un cargo grec (pays neutre durant la guerre) et confiera le capitaine du Clement. Les allemands diront que le Clement fut victime du cuirassé Admiral Scheer (un autre cuirassé de poche) afin d'entretenir la confusion la plus totale. De plus, on plaça de faux canons sur le cuirassé pour éviter de l'identifier trop rapidement.

En apprenant la nouvelle, les anglais redoutèrent ce qu'ils ne voulaient pas savoir. Ils décidèrent de poursuivre immédiatement ce cuirassé corsaire qui pouvait faire des ravages dans les rangs de la marine marchande anglaise.

Mais le temps que l'armada anglaise et française se mette en place pour pourchasser ce cuirassé, le Graf Spee, commença son hécatombe en coulant le Newton Beach, l'Ashlea, le Huntsmann au large des côtes africaines puis un autre cargo sur la ligne Atlantique Nord. Les anglais finirent par penser qu'ils avaient affaire à plusieurs bateaux corsaires allemands et non pas à un seul. Pour les anglais, le ou les bateaux allemands devaient bien se ravitailler dans un port donc on pouvait le ou les retracer.

Vingt-trois bâtiments furent mobilisés donc 3 bateaux français qui y voyaient aussi un danger pour leur marine marchande. Entre-temps, l'Amirauté britannique décida de faire circuler les navires de ravitaillement en convois entre l'Amérique du sud et l'Angleterre.

Le Graf Spee continuera sa chasse en coulant le Trevanion puis le pétrolier Africa Shell après avoir fait prisonnier les équipages.

Une fois que le cargo était coulé, Langsdorff s'éloignait rapidement de sa cible ce qui mettait dans la confusion totale la Royal Navy car ils ne comprenaient pas comment un bateau pouvait faire autant de nœuds dans une zone immense. En vérité, la tactique de Langsdorff et de la Kriegsmarine fut qu'ils avaient placé en secret deux pétroliers allemands au début du conflit, l'Altmark et le Westerwald, dans deux points différents afin de ravitailler le cuirassé en temps et lieux. L'Altmark deviendra aussi le pétrolier-prison de tous les équipages des cargos coulés de la marine marchande anglaise.

Le 2 décembre, il coulera le navire frigorifique Doric Star mais l'équipage aura le temps d'identifier le cuirassé allemand comme le Graf Spee et d'envoyer le signalement par radio à la Royal Navy. Le lendemain, un autre cargo sera coulé mais l'équipage arrivera aussi à identifier le cuirassé et à envoyer l'information par radio. A force de couler tous ces bateaux de la marine marchande, les allemands se retrouvèrent avec près de 300 prisonniers dont la grande majorité se retrouveront sur l'Altmark. Depuis le début de la campagne du Graf Spee, les anglais vont perdre plus de 50 000 tonnes de marchandises.

La cible suivant du Graf Spee fut le Steanshalh qui fut coulé une fois l'équipage fait prisonnier. Les ravages du cuirassé commencèrent à mettre à vif les nerfs de la Royal Navy car le cuirassé arrivait toujours à échapper à la flotte lancée à ses trousses. Finalement, les anglais calculèrent la vitesse du cuirassé allemand avec les données des bateaux coulés afin de le prendre en tenaille. Au niveau de la zone du Río de la Plata , il y avait une grande quantité de navires marchands et cette zone constituait une cible de choix pour les allemands. Ils calculèrent que les allemands attendraient cette zone vers le 12 ou le 13 décembre 1939.

Trois croiseurs anglais se trouvaient à cet endroit: Le HMS Ajax (croiseur lourd), le HMS Exeter et le HMS Achilles (croiseurs légers). Les anglais disposèrent les trois croiseurs afin d'attendre l'arrivée du Graf Spee. Point de vue force, le Graf aurait des difficultés contre trois croiseurs mais on se méfiait du combat des équipages marins allemands. Par contre, le Graf avait la facilité de manœuvrer plus facilement tout en ayant un armement plus conséquent que les croiseurs.

Le HMS Exeter


Le 13 décembre, les vigies du Spee repèrent des mats à l'horizon et Langsdorff donna l'ordre de foncer dessus. Manque de bol, ce n'était pas un ou des navires marchands mais c'étaient les croiseurs anglais. Trop tard pour le Graf Spee de faire demi-tour donc les allemands vont se résoudre à engager le combat.

Entre temps, une fois identifié, les anglais se scindèrent en deux groupes afin que le Graf Spee s'engage sur deux fronts: attaquer et se protéger des deux cotés. La bataille commença et le croiseur Exeter fut le premier à être gravement endommagé ce qui l'obligera à se retirer vers les Malouines. Les deux autres croiseurs se replièrent derrière un écran de fumée mais avec de gros dommages matériels aussi. Pendant ce temps, le Graf en avait pris pas mal aussi et Langsdorff décida de se replier sur Montevideo afin de faire les réparations requises.

On peut voir les dommages de la bataille sur ses flancs ainsi qu'un des hydravions dont il reste juste que la carlingue.
Une fois dans le port neutre de Montevideo, qui deviendra la grande attraction de la population de la ville, Langsdorff se montrera conciliant avec les autorités uruguayennes en libérant les prisonniers anglais se trouvant sur le Graf Spee tout en essayant de gagner du temps afin de poursuivre les réparations requises et attendre les secours. Le Reich, de son coté interviendra auprès des autorités uruguayennes d'accepter le bâtiment dans le port neutre de Montevideo mais les autorités donnèrent seulement 48h comme le stipulent les conventions internationales.

On voit les anciennes douanes au fond et la vue du Graf Spee dans le port
48h fut une mission impossible de réparer le bateau qui avait été sérieusement endommagé par les anglais. De plus, les ouvriers uruguayens ne mettront pas énormément de zèle non plus à accélérer les réparations. On dit qu'un des entrepreneurs du port, Albert Voulminot aurait refusé d'aider à la réparation du bateau en mémoire de son grand-père qui fut tué en Alsace durant la guerre franco-prussienne de 1870. On parle aussi de sabotage durant les réparations. Ne pas oublier que de nombreux français habitaient en Uruguay donc bien qu'ils étaient loin de la mère patrie, il y avait une certaine ligne rouge à ne pas dépasser comme réparer un bateau allemand.

Comme le bateau était dans la port, il n'y avait aucune voie de sortie sécuritaire pour le Graf Spee car il était continuellement sous surveillance de la part des anglais. Pourtant, les anglais redoutaient la sortie du cuirassé car ils avaient perdu un croiseur et les deux autres avaient subis des dommages. Les anglais n'avaient pas encore réussi à rassemblé une flotte importante afin de renforcer les croiseurs car seulement un autre bateau de la Navy, le Cumberland, arriva au large de Montevideo.

Le 15 décembre, les 36 marins allemands morts au combat furent enterrés au Cementerio del norte (cimetière du nord) de Montevideo (photo ci-dessous). 


Sur la photo ci-dessous, lors des funérailles , le capitaine Hans Langsdorff fera le salut naval et non le salut nazi comme la délégation diplomatique allemande de Montevideo. Manque de bol, on voit les prêtres faire le salut nazi aussi! Une large partie de la communauté allemande de Montevideo assistera aux obsèques. A noter aussi que les ex-prisonniers anglais qui se trouvaient sur le cuirassé suivront volontairement le cortège funèbre au cimetière.


Puis Langsdorff se résigna à penser qu'il n'avait aucune chance de quitter très loin Montevideo car s'il devait sortir, on l'attendait de pied ferme. La mission diplomatique britannique de Montevideo  effectuera un travail complexe et cohérent de désinformation concernant les forces navales britanniques stationnés à la sortie de l'estuaire du Río de La Plata en diffusant de fausses rumeurs, des menaces et de l'intimidation.

Hans Langsdorff demanda finalement les instructions à l'Amirauté allemande et la réponse fut: “Si il est impossible de forcer le blocus, il faut saborder le Graf Spee!”. La majorité de l'équipage sera évacué sur le port de Montevideo.

Dans la journée du 17 décembre vers 18h00, le Graf Spee lève l'ancre avec un petit équipage accompagné par un cargo allemand (le Tacoma) refugié dans le part de Montevideo depuis le début de la deuxième guerre mondiale et deux remorqueurs argentins. La population se masse sur le port car elle est certaine qu'elle va assister à une grande bataille navale. On parle de plus de 300 000 mille personnes le long des quais.


L’équipage fut transbordé à son tour après avoir disposé les charges explosives. Le Graf Spee explosa dans la rade de Montevideo à 19h55 sous les yeux ahuris de la population et des navires de la Royal Navy car le cuirassé ne devait tomber en aucun cas dans les mains ennemies.
Sabordage du cuirassé




La photo ci-dessous montre l'équipage allemand qui arrive sur Buenos Aires. Les marins seront conduit et internés dans divers endroits de l'Argentine (Mendoza, Cordoba, Santa Fe, etc).



Le 20 décembre, le capitaine de frégate Hans Langsdorff se suicidera à Buenos Aires avec une balle dans la tempe. Il se suicidera étendu sur le pavillon de son navire. Le sort des marins fut assez vague car on dit qu'un certain nombre de marins (surtout les officiers et les sous-officiers) retourneront au combat d'une manière ou d'une autre mais la plupart des matelots s'installeront et s'assimileront dans les sociétés d'Argentine et d'Uruguay (mariage, nouvelle vie).

Tous les prisonniers anglais pris par le Graf Spee furent libérés et on n'a déclaré aucun morts dans les rangs des équipages des cargos. Langsdorff avait fait son travail de corsaire des temps modernes.

Aujourd'hui, on trouve dans le port de Montevideo, quelques pièces du bateau qui ont été repêchées. Si vous voulez les voir, vous devez passer les barrières de l’entrée du port comme si vous alliez embarquer sur des bateaux de Buquebus en partance pour Buenos Aires. Ne vous en faites pas, il n'y a pas de drapeau nazi ou de plaque avec l’emblème nazi mais juste une plaque qui vous relatera l'histoire de ce bateau.  Ci-dessous en photo, l'ancre et un des télémètres.


On trouve aussi devant le Museo Naval proche des plages de Pocitos, une tourelle de canon du Graf Spee exposé avec une petite plaque.





Voila l'histoire du Graf Spee qui fera la une de Montevideo et qui sera un fait historique aussi durant la seconde guerre mondiale. 

A bientôt.

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