mercredi 27 février 2013

Montevideo d'Antan: Parque Urbano/Rodó

Nous allons visiter cette fois-ci un des parcs les plus connus de la ville de Montevideo: le Parque Rodó. Il se trouve dans le quartier qui porte le même nom. Ce parc est délimité par la Rambla Wilson (et la playa Ramirez), le Bulevar Artigas, l'Avenida Sarmiento et finalement les rues 21 de Setiembre et Gonzalo Ramirez. Très facile d’accès du centre-ville car très bien desservi par les transports en commun de la ville. On peut même marcher du centre-ville vers le parc tout en faisant une chouette balade. Je l'ai fait de nombreuses fois et sous tous les climats (sauf la neige bien sur car ce mot n'existe pas dans le dico uruguayen!).

Un superbe endroit pour se balader seul, en amoureux pour conter fleurette, en famille ou avec les enfants, se reposer, écouter de la musique, regarder des acrobates descendre des arbres, savourer un churro (beignet) ou une torta frita (miam miam!), fumer son joint (oui oui, c'est permis en Uruguay), ou pique-niquer.


Le weekend, il y a énormément de monde et le dimanche, on trouve une feria assez populaire qui ne vend pas des fruits et légumes comme la plupart des autres mais plus du fourre tout comme des fringues ''made in chintoc'', de l'artisanat, des stands de disques, du bric-à-brac, etc.

Histoire du parc

En 1889, la Junta Económica Administrativa de Montevideo (ancêtre de l'Intendencia de Montevideo) va créer la Dirección de Paseos (que l'on pourrait traduire plus ou moins par la direction des aménagements paysagers?). En 1891, on demandera au paysagiste français Édouard André de travailler sur le projet d'un plan d'embellissement et d'élargissement de Montevideo. En 1896-1898, l’État transfère à la municipalité des terres défrichées, alors propriété de la ex-Banco Nacional d'Emilio Reus, afin de jeter les bases d'un parc urbain. Bien plus tard, en 1911, on expropria d'autres terres afin d'agrandir le parc. Sa superficie actuelle est de quarante deux hectares.

Angle des rues Gonzalo Ramirez et Julio Reissig (1916)
Petite histoire à noter sur la Dirección de Paseos de la ville: Étant donné l'absence de paysagistes diplômés dans ce domaine dans le pays, le chef de ce département fut le français Ernest Racine, diplômé de l’école d'horticulture de Versailles. C'est lui qui engagera Édouard André sur le projet d'embellissement de la ville. Il sera rejoint ensuite par Charles Racine (venu rejoindre son frère Ernest) et Charles Thays (grand paysagiste très célèbre à Buenos Aires et directeur des parcs et jardins de cette ville de 1891 à 1914), tous d'origines françaises. Ils furent les grands concepteurs des dessins et des paysages des principaux parcs, places, esplanades et terre-pleins de certaines grandes avenues de Montevideo.

Ernest Racine décédera prématurément en 1903 et son poste sera comblé le 11 octobre 1904 par un jardinier-paysagiste du nom d’Édouard Gauthier, diplômé aussi de l’école d'horticulture de Versailles. Il sera en charge de gérer tous les parcs publics, jardins ainsi que les autres lieux de loisirs. Il restera en poste jusqu'en 1907 avant de se joindre à l'Escuela de Agronomía (école d'agronomie).

Ils utiliseront le modèle du plan d'Hausmann à Paris qui comprend non seulement la création des parcs mais aussi un lien entre eux. Il s'agit de véritable espaces verts publics, à dominance de style anglais (paysage des parcs) mais avec une symétrie d'aménagement paysager principalement française.

Le Castillo (ou château) du Parc
Le projet et les travaux préliminaires du parc ont commencé en 1900 et ce jusqu'en 1902 sur la base d'une ébauche de José Requena y García, directeur des Parcs et Jardins de la ville mais les tracés du parc furent une idée de l’ingénieur José Marie Montero y Paullier. Le parc sera inauguré comme parc publique en 1901 avant la fin des premiers travaux.

Ils créèrent le Parque Urbano (parc urbain) calqué sur celui du parc du Bois de Boulogne, c'est à dire en ayant un accès facile de la part des quartiers ouvriers d'alors. Les montagnes russes fut le premier manège à s'installer dans le parc.

Comme tout événement important de Montevideo, l'inauguration de ce grand espace public méritait le décret d'un nouveau jour férié. Le 18 Septembre 1900 a été célébré le El Día del Árbol (le jour de l'arbre), date à laquelle un cortège d'étudiants, de soldats et de civils marchaient de la Place de l'Indépendance jusqu'au Parque Urbano dans le but de planter quatre arbres fournis par la Dirección de Paseos. De nos jours, ce culte existe toujours mais on ne plante plus qu'un arbre riquiqui la plupart du temps par des écoliers.

Petite train en 1900 dans le parc
Entre 1903 et 1904, on décida de construire un lac artificiel ainsi qu'une île reliée avec des ponts rustiques et des cascades. Le chemin central sera construit à la même époque avec en plus, le Castillo (château), réplique d'une petite forteresse médiévale française, une laiterie afin de vendre du lait frais (elle n'existe plus) et une aire de jeux pour les enfants. Un autre manège, le carrousel arriva en 1903.

Le lac et un des ponts
En 1911, Charles Thays (paysagiste du parc El Prado, des terre-pleins du Bulevar Artigas, du quartier de Carrasco) sera chargé du projet d'agrandissement du parc et Charles Racine (concepteur paysagiste du jardin botanique, de la roseraie du Prado, du parc Roosevelt) sera désigné responsable de l'exécution des paysages.

En 1912 , l'Intendencia de Montevideo autorisera l'implantation de jeux, d'un manège de poneys ainsi que des locaux pour la vente de nourritures et de friandises. La première ligne de tramways tirée par les chevaux aura une tête d’arrivée dans le parc mais sera vite remplacée par un tramway électrique qui deviendra un des trajets les plus populaires des habitants. Ne pas oublier que la plage Ramirez se trouve juste à coté et que de se baigner dans la mer était devenue à la mode, notamment pour des raisons thérapeutiques (ce qui n'est plus vraiment le cas aujourd'hui avec la pollution).

La roue en 1916
En juin 1917, le parc reçoit son nom définitif en l'honneur de José Enrique Rodó (grand écrivain uruguayen d'origine italienne) décédé à Palermo en Italie. On trouve une grande statue de Rodó, sculptée par le fameux sculpteur José Belloni (lui aussi italien), et qui occupe une place centrale dans le parc.

Angle Ramirez et Reissig. Au fond, on voit l'ancien musée des Beaux-Arts qui n'existe plus de nos jours
Le 15 décembre 1923, le cirque Sarrasani arrive à Montevideo sur le paquebot "Luddendorf" et fera ses représentations au Parque Rodó. Le cirque était sous la direction de son propriétaire allemand, Hans Stoch et cette arrivée a été suivie par un défilé de la Muelle Maciel (quai de débarquement) jusqu'au parc. Les habitants de Montevideo, dans les années vingt, n'avaient jamais connu et vu un spectacle aussi coloré et musical avec le défilé du cirque.

Vue de la Rambla avec le parc sur la gauche et la plage Ramirez sur la droite (1924)
Un des restaurants les plus populaire de cette époque du Parque Rodó fut le Di Forte Makalle. Les propriétaires de ce restaurant étaient la famille Lemoine. Cet endroit était un lieu de rencontre pour les politiciens, les artistes, les athlètes qui l'ont utilisé pour célébrer leurs triomphes. Le resto était situé à côté du fleuve et pour de nombreux étés deviendra une scène pour les orchestres et les ensembles de chambre.

Resto Forte Makalle tenu par la famille Lemoine (1924)
Entre 1930 et 1940, on établit les fondations du stade, club sportif, du bowling, d'un autre parc pour les enfants et du musée national des arts visuels car entre temps le musée des Beaux-Arts avait été détruit.

Le pavillon de la musique sera construit en 1930 par la colonie allemande qui rend hommage à Beethoven, Mozart, Bach et Wagner. De nos jours, ce pavillon existe toujours et on peut y apprécier des concerts (gratuits!) de musique.

Le parc et la plage Ramirez au fond dans les années 1930
Le parc en 1931
En 1935, une partie du château sera transformée en bibliothèque pour les enfants et la bibliothèque sera appelée María Stagnero de Munar en hommage à la pionnière des instituts d'éducation pour les femmes dans ce pays. On trouve à coté du château une statue de Guillaume Tell (sculpture de José Belloni), symbole de la liberté, offerte par la communauté Suisse d'Uruguay (j'en parle ici) pour le premier Centenaire de l'Indépendance du pays 1830-1930.

En 1944, on agrandit le parc sur les carrières ouvertes. On y construira un théâtre d'été (Teatro de Verano), un lieu où se déroule la compétition officielle du Carnaval chaque année. En 1954, on inaugure sur un des terrains du parc, la (laide) faculté d’ingénierie.

La végétation du parc comprend de beaux alignements de palmiers fénix (Phoenix canariensis) ainsi que des palmiers pindó. On trouve aussi des magnolias, des pins des Canaries, des Ibirapitá et des Timbó, des lobocedrus, des peupliers, des eucalyptus, des bassins, des fontaines, etc.

Le parc est le deuxième plus ancien parc de Montevideo après El Prado Oriental. Aujourd'hui, on peut louer des pédalos sur le petit lac mais ce ne sont pas les pédalos les plus modernes que l'on puisse trouver....toutefois le lac n'est pas profond. On trouve un théâtre de rue pour les enfants.

Au coin de la Rambla et de l'Avenida Sarmiento, on trouve un parc d'amusement avec des manèges, des auto-tamponneuses, un circuit de voitures pour les petits (c'est trognon!), des stands de bouffe, des restos bref de quoi passer une bonne journée en famille et de voir les yeux énormes des petits devant les manèges et qui demandent toutes les deux minutes un billet à leurs parents. Il est fermé durant la (courte) saison hivernale.

Le parc est généralement propre bien que des gens, par moment, ne se gênent pas de laisser leurs déchets une fois parti (c'est le mal urbain) cependant on trouve des employés municipaux. Vandalisme de temps en temps sur des statues ou autre mais c'est aussi le mal urbain.

Recommandation du coté ouest où l'on trouve des expositions de photographie en plein air. Géré par le Centro de Fotografia de Montevideo (mairie de MVD).

Allez, on s'explose les yeux avec les photos anciennes

Le parc (à droite) et la playa Ramirez (1914). Photo du Parque Hotel

Pas mal comme attelage pour les enfants - 100% pur mouton uruguayen!
Monsieur surveille mais pour les besoins de la photo, il s'est levé du banc et fait semblant ;)


Aire de jeux pour les enfants (1912)
Navette de bus entre le quartier de Carrasco et Parque Rodó en 1921

Une petite balade en barque
Oups...j'allais oublier aussi qu'en 1930, la communauté d'Andalousie de Montevideo (très importante) offre le patio Andaluz au parc avec ses superbes carreaux de faïences (photo ci-dessous). Il a été rénové il y a quelque années et les enfants adorent tourner autour en courant.


Et une dernière photo avant de vous endormir en vous disant que vivre à cette époque était pas mal non plus

Défilé du carnaval en 1916
Sur ce, je vous ferais un article avec des photos d’actualité pour vous montrer qu'il n'a pas trop bougé au fil des années.

A bientôt

3 commentaires:

  1. Salut,
    Toujours aussi bien documenté en photos!
    Pour la période actuelle il est bien dommage que les cafés et restaurants face a Ramirez soient dans un état déplorable (Don Trigo est quasi une ruine)Seul Rumi offre un beau point de vue et un rapport qualité prix intéressant.
    Je n ia jamais compris pourquoi celui qui fait le coin de Ramirez et Sarmiento n'a jamais rouvert. Il appartient à l intendencia qui ne le loue pas... ils ont trop d argent avec les impôts, pourquoi se casser la nénette à trouver un locataire... que des soucis !!!

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  2. Bravo pour ces photos (et le blog) !
    Ca tranche avec le côté glauque actuel du parc.
    C'est là qu'on se rend vraiment compte à quel point Montevideo a du être une sacrée ville et ça aide à comprendre la nostalgie qui plane ici.

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  3. Merci Thierry. C'est quand même un beau parc mais c'est vrai aussi qu'il a perdu pas mal de plumes depuis sa création. Dommage mais je suis tout à fait d'accord de dire que Montevideo était une sacrée ville. Heureusement qu'il y a encore de beaux restes pour que l'on puisse s'en souvenir.

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