jeudi 23 mai 2013

La marche du silence

Le 20 mai 2013 comme chaque année, il existe un rassemblement assez spécial et unique sur l'avenue principale de Montevideo (Avenida de 28 de Julio). Mobilisation qui a lieu en fin de soirée et non dans l’après-midi. Mobilisation qui n'est pas une grève, un jour férié, une fête commerciale, un jour de fête religieuse mais un jour synonyme de grande tristesse pour encore beaucoup de familles.

Rassemblement qui attire à peu près toutes les couches de la société, des gens ou des familles qui proviennent des quatre coins de la ville ou parfois de l’intérieur du pays: ce rassemblement s'appelle La Marcha del Silencio (la marche du silence).

Pourquoi la tristesse et la marche du silence? Car on est encore sans nouvelles de beaucoup de disparu(e)s de la dictature. Et oui comme on le sait, la dictature a fait disparaître beaucoup de gens dont on n'a jamais retrouvé leurs traces. Des membres de famille ou des familles entières sont toujours à la recherche d'un membre cher qui a pu autant disparaître en Uruguay, qu'en Argentine ou ailleurs.


Ne pas oublier que toutes ces dictatures (Brésil, Argentine, Uruguay, Chili, Paraguay) avaient uni leurs forces dans le Plan Condor sous l’œil bienveillant de la politique américaine (et non de la société américaine à part les faucons extrémistes) avec à sa tête le prix Nobel de la paix de 1973: M. Henry Kissinger. 

Ça fait doucement rigoler de voir les gens faire l'encensement de ce mec qui a eu un prix Nobel de la paix mais qui a, en même temps, approuvé la mise en place de ces dictatures afin de contrer les gouvernements de gauche de ces pays.


Dictature, dont je vous ai fait un sommaire ici, qui fera des ravages dans tous les rangs de la société. On trouvera en tête de liste, les guérilleros, les syndicats, les gauchistes, les communistes, des professeurs, des étudiants, des écrivains, des opposants à la dictature, des gens qui ont été dénoncés par un voisin dans le but de se venger, etc.....bref tout ce qui pouvait être un danger pour un dictateur et/ou son pouvoir disparaissait vite fait, bien fait et sans trace. Facile aussi pour ces régimes car toutes les lois étaient façonnées afin de représenter et approuver toutes les décisions du pouvoir en place et de cacher les exactions de la dictature.


Malheureusement, le prix de la liberté à la fin de la dictature a été ''échangé'' contre des lois d’impunité pour tous ces salops, surtout les gradés car c'est eux qui donnaient des ordres aux sous-fifres. Évidemment, une partie de ces militaires (gradés ou pas), de ces policiers, de ces délateurs, de ces politiciens s'est barrée sans problème sous d'autres cieux. Toutefois, une autre partie est toujours tranquillement installée dans le pays en train de couler des jours tranquilles.

En Uruguay, le prix de cette ''liberté'' fut signé par le président, Julio Mª Sanguinetti, qui ''amnistiera'' ces gens. C’était le prix à payer afin d'obtenir la démocratie mais aussi de vendre son âme au diable afin d'obtenir le pouvoir.

Certaines personnes ne se cachent pas à dire que la dictature a instauré la sécurité, a amené que du bien, etc. Beaucoup de ses militaires, policiers, politiciens ou de ses sympathisants n'ont eu aucun remords et en n'ont toujours pas aujourd'hui.


Un exemple: l'autre dictateur qui a fait concurrence à Augusto Pinochet dans la terreur, l'argentin Jorge Videla qui vient de mourir il y a peu de temps, a bénéficié du pardon décrété par Carlos Menem en décembre 1990. Le comble du comble est que cet ordure, qui a fait disparaître plus de 30 000 personnes sous son régime, dépourvu de tout remords, réclamera même des dédommagements et une ''réparation morale'' à la Justice, requête qui sera refusée par l'État argentin.

Cette marche du silence est un défilé de personnes, jeunes comme moins jeunes qui veulent que l'on n'oublie pas ces hommes, femmes et enfants disparus. En début du défilé, on peut apercevoir les pancartes de chaque personne qui a disparu avec le nom, le prénom et la date de la disparition. Un défilé qui se fait, bien sur, dans le silence et qui vous prend aux tripes. Je n'ai pas vécu de dictature mais je peux vous dire que c'est poignant quand vous êtes dans cette masse. Je n'ai pas fait cette marche pour le plaisir du voyeur ou de me mettre à la page mais plutôt pour se souvenir de ces personnes dont on parle peu (enfin ceux d'Uruguay) dans les médias d'Europe et je ne parle même pas des médias nord-américains.


Vous allez vous dire qu'aujourd'hui, on ne retrouve plus de corps après des années mais détrompez-vous car certaines personnes parlent encore. On a retrouvé et identifié le corps d'un professeur et journaliste l’année dernière qui avait été kidnappé et qui avait disparu durant cette dictature: Julio Castro Pérez. Son corps a été retrouvé dans une fosse clandestine sur un terrain qui appartient à l’armée. Imaginez le soulagement de la famille d'enfin connaître la vérité après presque 34 ans et de pouvoir l'enterrer avec dignité. Il y a actuellement des recherches actives dans le département du Cerro Largo pour des fosses communes.

Un cas célèbre de recherche est mené par Andrea Gelman, petite-fille du poète argentin Juan Gelman. Elle fait des recherches concernant sa mère, María Claudia Iruretagoyena et son père, Marcelo Ariel Gelman qui ont disparu durant la dictature. Mais il y en a des centaines et des centaines comme cela. 



Ne pas oublier aussi de parler des nouveaux nés enlevés à leurs naissances par les militaires afin de les donner aux familles des militaires, des policiers, amis de la dictature. Des enfants nés de prisonnières politiques qui disparaîtront par la suite pour la plupart. Jusqu’à date, on a identifié seulement plus ou moins 100 enfants sur les 500 enlevés. Évidemment, ce sont des chiffres à prendre avec des pincettes.


Le problème aussi est de combattre les lois (surtout celle de l’impunité) qui ont été mis en places afin de protéger tous ces militaires, policiers, politiciens, délateurs. Le combat est long et sera long. La Cour suprême sous la houlette d'un nouveau juge en chef vient de prendre des décisions controversées comme celle qui déclare inconstitutionnelle l'expiration de la loi d’impunité. De plus, l'ancienne juge en chef, Mariana Mota, fervente défenseur de ce combat, a été transférée comme par hasard. Celle-ci avait la charge d'une cinquantaine de dossiers liés à des violations des droits de l'homme. Ce revirement a été également critiqué par l'ONU.

Après des progrès et des engagements envers la population, la Cour suprême part vers une régression dans le processus qui a conduit à l'inculpation de plusieurs de ceux qui sont responsables d'actes de torture et d'exactions. Tout cela veut dire que pour le moment beaucoup de crimes resteront impunis et cette marche du silence continuera dans le silence.


Malheureusement, l'Uruguay a une culture d'impunité pour le moment si on compare à l'Argentine qui fonce pour essayer de juger tous ces criminels. Le Brésil commence à regarder son passé depuis que Dina Rousseff a pris les rênes du pays avec sa ''Commission Vérité''. Ne pas oublier qu'elle est passée par les chambres de torture aussi. Le Chili est pareil que l'Uruguay et peut-être encore moins. Le culte de Pinochet est encore fort chez beaucoup de chiliens.

Le message de cette année fut ''En mi patria no hay Justicia. ¿Quiénes son los responsables?'' En francais: Dans mon pays, il n'y a pas de justice. Qui est responsable?

A bientot


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